Elle se trouvait à l’emplacement des courts de tennis, le long de la Chaussée-Jules-César, à Pontoise (Val-d’Oise).
Une nécropole remontant au premier siècle de notre ère avait été mise au jour à l’été 2024.
Une partie, de ce qui devait être un cimetière gallo-romain, avait été fouillée sur 4 300 m2 avant de laisser place à un programme immobilier.
Deux ans plus tard, c’est le temps de la restitution pour les scientifiques qui ont analysé les éléments découverts, lors d’une campagne de fouilles jugée remarquable.
Le site a été marqué par cinq occupations chronologiques différentes.
« Pour la compréhension de la Pontoise romaine, c’est un site absolument essentiel », affirme Florian Jedrusiak, responsable de la fouille, pour le Sdavo (Service départemental archéologique du Val-d’Oise).
« De la Pontoise antique, en vérité, on ne connaît quasiment rien. Le premier véritable témoignage de cette ville, c’est cette nécropole. »
Monde gaulois
Les recherches ont d’abord révélé deux grandes phases protohistoriques datant du second âge du Fer (La Tène).
La plus ancienne correspond à un établissement rural caractérisé par des silos et des trous de poteau, suggérant une exploitation agricole.
Une seconde phase voit l’implantation d’un vaste enclos fossoyé. Cet enclos, typique du monde gaulois, soulève cependant des interrogations.
Située à proximité de la chaussée Jules-César, la grande voie antique qui traverse le Val-d’Oise, cette fouille conduit aussi à s’interroger sur l’origine de l’axe Paris-Rouen.
« On ne sait pas dire aujourd’hui si la chaussée romaine succède à une voie gauloise. Il y a de vraies interrogations autour de ça. »
Tombes d’enfants
Mais le sujet reste bien centré sur le site découvert à ses abords. D’abord, à l’intérieur de l’enclos prospecté, deux silos monumentaux ont été fouillés.
Les vestiges internes ont toutefois été largement détruits par les occupations ultérieures, notamment par une nécropole romaine puis par des aménagements contemporains.
Notamment lors de l’aménagement du tennis club dans les années 1970, à une époque où l’archéologie préventive n’existait pas (instaurée depuis 2001) et la création de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).
Ces découvertes nuancent l’image d’un monde romain uniformément cosmopolite
Ainsi, parmi les premiers éléments remarquables découverts au quartier Bossut, figurent deux sépultures d’enfants gauloises.
L’une d’elles, datée par céramique et carbone 14, a été creusée dans le fossé déjà comblé de l’enclos.
« C’est une vraie tombe, avec un dépôt de céramique. Il y a une volonté funéraire claire, ce n’est pas du tout un corps déposé là », précise Anna Signoret, anthropologue qui s’est penchée sur les sépultures.
Ces pratiques d’inhumation isolée des jeunes enfants correspondent à des traditions observées ailleurs en Gaule, où les nourrissons semblent bénéficier d’un statut particulier.
Nécropole romaine
À la période romaine, le site change radicalement de fonction pour devenir une nécropole.
À Pontoise, quartier Bossut, 98 tombes ont été auscultées par l’anthropologue du Sdavo. Des tombes organisées en rangées, avec des positions funéraires variées, même si la position sur le dos devient la norme avec le temps.
Des pratiques diversifiées : 68 inhumations en cercueils cloués, douze en contenants périssables, trois sarcophages en calcaire, six en pleine terre et 32 défunts enveloppés dans un linceul ou des vêtements. C’est aussi les prémices des pompes funèbres.

La première phase, au Ier siècle après J.-C., se caractérise par une diversité des modes d’inhumation.
Plus tard, au Bas-Empire (IIIe – Ve siècle), les pratiques deviennent plus normées : grandes fosses profondes, cercueils cloués, dépôts de céramiques, verreries ou chaussures accompagnant le défunt.
Fait remarquable relevé : la nécropole s’implante en limite d’agglomération, conformément au droit romain hérité de la loi des Douze Tables, qui interdit l’inhumation intra-muros. Cette localisation permet de mieux cerner l’extension de l’agglomération antique, identifiée comme Briva Isara, développée autour d’un pont stratégique sur l’Oise.
« À dix ou cent mètres près, on touche à la limite de la ville antique. C’est capital pour comprendre l’organisation de la ville romaine », explique Florian Jedrusiak.
Identité pontoisienne
Au-delà des structures funéraires, le site offre un accès inédit à l’identité biologique des habitants de Pontoise à l’époque romaine.
« Les analyses anthropologiques révèlent une population comprenant toutes les classes d’âge, avec une proportion notable d’adultes de plus de 40 ans », constate Anna Signoret.
Des pathologies observées (arthrose, caries dentaires) correspondent aux profils attendus pour l’époque.
Des études ADN, en cours d’analyse par le Muséum national d’histoire naturelle, livrent déjà des indications précieuses : la majorité des individus seraient d’origine locale, avec seulement quelques cas d’ascendance italienne ou germanique.
« Ces résultats nuancent l’image d’un monde romain uniformément cosmopolite », observe Florian Jedrusiak.
Des regroupements spatiaux suggèrent également des liens familiaux entre certains défunts, hypothèse qui sera affinée grâce aux analyses génétiques, à venir.
En attendant, les fouilles de Pontoise éclairent la transition entre monde gaulois et monde romain, ainsi que l’évolution des pratiques funéraires sur près de cinq siècles.
« Pour notre compréhension, c’est absolument essentiel », souligne Florian Jedrusiak.
À travers ces découvertes, c’est toute une part méconnue de l’histoire de Pontoise qui ressurgit, offrant aux habitants d’aujourd’hui un lien tangible avec les communautés qui ont vécu, travaillé et enterré leurs morts sur ces mêmes terres il y a près de deux mille ans.
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