, ENQUÊTE – JO Paris 2024 : peut-on vraiment nager dans la Seine

ENQUÊTE – JO Paris 2024 : peut-on vraiment nager dans la Seine

, ENQUÊTE – JO Paris 2024 : peut-on vraiment nager dans la Seine

« Je vous le redis, en juillet 2024, je me baignerai dans la Seine ! » affirmait Anne Hidalgo à l’occasion de ses vœux pour la nouvelle année. « Une prouesse » pour la maire de Paris qui risque bien de virer au cauchemar si le fleuve, qui traverse la capitale, n’est pas prêt en temps et en heure pour accueillir les épreuves de natation, mais aussi la cérémonie d’ouverture.

Un événement qui en fait rêver plus d’un : 10 km en eau libre pour le marathon, mais aussi les parties de nage du triathlon et du paratriathlon, entre le pont Alexandre III et le pont de l’Alma. Un tour de force alors que la baignade est interdite dans le fleuve depuis près d’un siècle par arrêté préfectoral.

Mais pour relever ce défi, rien ne semble trop beau pour Paris. L’État et la capitale copilotent un plan baignade estimée à plus de 1,4 milliard d’euros, dont près de la moitié financée par le contribuable. Aux grands maux, les grands remèdes, ce dernier doit consister à réduire les afflux d’eau usée rejetée dans le fleuve par l’activité des millions de Franciliens qui vivent autour. Les premiers résultats devaient être relevés, il y a près d’un an…

2023, un fiasco

Le « Plan Qualité de l’Eau et Baignade », serait-il en train de tomber à l’eau ? Rien ne semble aller dans le sens de la mairie de Paris. Il y a un an déjà, alors que devait se tenir en août 2023 une grande répétition générale de la cérémonie d’ouverture l’eau s’était révélée trop polluée.

En cause selon les autorités : Les fortes intempéries du milieu de l’été ainsi que le dysfonctionnement d’une vanne des égouts parisiens. Seuls rescapés du naufrage, les triathlètes qui avaient pu tester la Seine en condition réelle pendant 2 journées, malgré des normes largement dépassées. L’ARS qui avait dès juillet constaté des pics de pollution (sans intempéries) a pourtant donné son feu vert pour ces répétitions.

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Elle fait part de ses inquiétudes croissantes quant aux « risques encourus par les athlètes à évoluer dans une eau contaminée »

Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, mais elle ne semble pas plus claire. En avril 2024, l’ONG Surfrider Foundation a publié un rapport alarmant sur l’état de l’eau dans la Seine. Elle réalise tous les quinze jours ses propres analyses de la qualité de l’eau en lieu et place des futures épreuves des JO. L’association a à chaque fois mesuré la présence de deux bactéries – Escherichia coli et entérocoques intestinaux – qui sont indicatrices de pollutions fécales.

Dans une lettre ouverte adressée aux organisateurs de la compétition, elle fait part de ses « inquiétudes croissantes quant à la qualité de la Seine » et aux « risques encourus par les athlètes à évoluer dans une eau contaminée ».

Tous maintenant se revoient la balle, la mairie de Paris dénonce « des tests aléatoires » qui lorsqu’ils sont réalisés lors d’intempéries « n’ont aucune valeur ». « Le premier trimestre 2024 a en effet connu des pluies très importantes ce qui a dégradé la qualité de l’eau. Ces conditions météorologiques ne sont pas celles d’un été », constate la préfecture de la région d’Île-de-France dans un communiqué en réponse à cette lettre ouverte.

« Pendant cette période, les usines ne sont pas en fonctionnement pour traiter les bactéries E. coli/Entérocoque », ajoute-t-elle sur X. En cause également, les péniches qui ne seraient pas pour certaines raccordées au réseau et pollueraient donc les cours d’eau.

La mairie s’est saisie du problème offrant une prime de 4 500 € pour se mettre en conformité. Elle assure désormais qu’il ne reste plus qu’un bateau « qui pose question » et qui, s’il n’est pas raccordé à temps, sera déplacé en amont de l’événement.

Des Jeux vraiment sans risque ?

Autres sources de pollution, le déversement de 50 000 mètres cubes d’eaux usées dans la Seine à Conflans-Sainte-Honorine. En cause : le dysfonctionnement d’un système de pompage qui ne permettait plus de traiter les eaux usées. Le maire Laurent Bosse a affirmé porter plainte contre X « au regard de la pollution causée par ces déversements ». Les riverains avaient en effet signalé une eau « ocre » et une « odeur nauséabonde ». Des pompes de secours ont depuis été installées. Une catastrophe écologique qui ne sert pas les intérêts de la mairie de Paris.

Pour évaluer la qualité de l’eau pour la baignade, il est important de se pencher sur les méthodes de mesure, symbolisées par trois lettres : BIF, qui signifie bactéries indicatrices de contaminations fécales. Deux types de bactéries sont examinés : l’Escherichia coli (E. coli) et les entérocoques, présents dans les intestins. Leur présence en quantité excessive dans l’eau indique un danger pour la baignade.

Elle peut toutefois conduire à des cas d’insuffisance rénale voire à des fièvres hémorragiques

Car le risque pour les nageurs est élevé. S’il s’agit principalement de gastro-entérites ainsi que des maladies de la peau, rien ne peut aujourd’hui affirmer que les athlètes ne soient pas exposés à des germes comme le staphylocoque, source d’intoxication alimentaire ou de leptospires présente dans l’urine des rats entraînant une leptospirose. Si l’Institut Pasteur affirme qu’elle est souvent bénigne chez l’homme, elle peut toutefois conduire à des cas d’insuffisance rénale voire à des fièvres hémorragiques.

Dans son règlement, la Fédération internationale de natation (World Aquatics) dit s’attendre « à ce que tous les lieux de compétition en eaux libres respectent les critères définis au niveau 1 » et considère que les niveaux 3 et 4 sont « inacceptables » pour la baignade. Si l’on s’en tient au barème les résultats ont été mauvais 47 jours sur les 70 testés, parmi les jours restants, dix-neuf peuvent être classés comme bons ou moyens et seulement quatre comme bons ou excellents, les résultats attendus.

Si la fédération internationale de triathlon prévoit bien l’annulation des preuves en cas de mauvaises conditions, cette clause comporte une exception : « le comité médical et antidopage de la Fédération internationale doit donner leur accord ». Plusieurs nageurs sont donc montés au créneau comme la championne olympique en titre, Ana Marcela Cunha, qui a appelé, jeudi 7 mars, les organisateurs à élaborer un « plan B » sur TF1, « je pense que la santé des athlètes doit passer avant la symbolique ou l’histoire de Paris. »

À ce jour, 1,4 milliard d’euros – dont 700 millions de la part de l’État – ont été déboursés pour le nettoyage du cours d’eau. Si la Seine retrouve sa pureté, elle devrait rester ouverte à la baignade pour tous et ce même après les JO. Le rêve de Jacques Chirac sera peut-être finalement exaucé.

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