Pour les unes, c’est « catastrophique », pour les autres c’est « un changement nécessaire ». À Coubron, dans la ville la moins peuplée de Seine-Saint-Denis et traditionnellement portée à droite, le RN a fait son score le plus important du département avec 35,66 % aux élections européennes.
Reportage dans les rues de la commune pavillonnaire qui a accueilli un temps l’auteur du Temps des cerises, le chant de révolte qui résonne dans tous les cortèges du 1er-Mai.
« J’ai trois enfants, aucun n’est allé voter »
« Ici tout le monde est raciste. » Mona*, quinquagénaire, ne mâche pas ses mots. Elle travaille dans le secteur de l’aide à la personne et connaît bien les familles qui habitent dans cette commune, à la lisière de la forêt de Bondy. « Je suis caucasienne je m’en sors bien mais mes collègues qui ont un nom à consonnance étrangère sont moins sollicitées, c’est criant », explique-t-elle. À ses côtés, sa collègue tunisienne acquiesce discrètement.
« Le résultat des européennes est catastrophique mais pas surprenant. Ici on est dans une ville privilégiée qui voit arriver des Maghrébins, des Africains… La vieille population de Coubron observe ces changements et tente de s’y opposer », analyse-t-elle. Une percée du RN facilitée, selon Mona, par le manque de mobilisation des jeunes et de ceux qui n’ont pas le droit de vote.
J’ai trois enfants dans la vingtaine, aucun n’est allé voter le 9 juin. Pour les législatives, s’il le faut, je les trainerais par la peau du cul.
« Si le RN passe, je me barre de la France »
« Ils ne se sentent pas concernés », déplore la mère de famille. « Pourtant que deviendrait la France si elle sortait de l’Europe ? On est quoi face au monde ? », s’interroge-t-elle alors que le parti a plusieurs fois changé d’avis sur la question et que le Frexit n’est plus d’actualité pour le Rassemblement national.

« Si le RN passe, je me barre de la France dès que je suis à la retraite. Il est hors de question que je vive dans un pays d’extrémistes », assure Mona qui précise par ailleurs qu’aucun « extrême n’est bon », faisant référence à La France insoumise et au Nouveau front populaire.
« Toute ma vie j’ai voté pour la droite, mais là, on voit bien qu’il y a un souci »
À un pâté de maisons, Romuald* tient un commerce. Avec gouaille, il assume avoir glissé un bulletin RN dans l’urne pour la première fois. « Toute ma vie j’ai voté pour la droite, mais là, on voit bien qu’il y a un souci, un problème d’immigration », tranche-t-il.
Pourquoi avoir opté pour l’extrême droite maintenant ? « Parce que le moment est venu de choisir son camp », répond avec gravité le commerçant. Alors qu’il admet ne jamais vraiment s’être intéressé à la politique, désormais il ne quitte plus des yeux les chaînes d’infos.
Celui qui s’est installé il y a trente ans à Coubron n’a pas d’exemple concret à apporter mais assure qu’avant « les habitants laissaient la porte de leur maison ouverte, tout le monde connaissait tout le monde, et qu’aujourd’hui pas une semaine ne se passe sans qu’il y ait un problème d’insécurité ».
Quelques chiffres
Dans les faits, et selon les chiffres de la délinquance enregistrés par le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, le nombre de cambriolages de logement n’a pas augmenté en douze ans (date limite du jeu de données fournies par le ministère).
En 2016, 26 cambriolages ont été relevés. En 2024, 28 faits étaient remontés au ministère. Dans la commune, seuls les vols sans violence contre des personnes ont augmenté passant, sur la même période, de 15 faits recensés à 27 (+ 2 %).
Dans le même temps, la population est passée de 4 751 habitants en 2014 à 4 975 en 2020 selon les dernières données de l’Insee. Toujours selon l’institut, la majorité des Coubronnais est âgée de 30 à 59 ans. Parmi les catégories socio-professionnelles, les retraités (28 %), les professions intermédiaires (19,6 %) et les employés (16,3 %) sont les plus représentées.
« Les gens ne respectent plus rien »
Alors que Romuald explique que toute sa famille a voté RN lors de ce scrutin des européennes, Jean* fait son entrée dans le commerce. Fidèle électeur du parti présidé par Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen puis Jordan Bardella, il revendique « avoir fait des kilomètres de route à chaque élection, entre (sa) maison de vacances dans le Sud et (sa) maison de Coubron pour mettre un bulletin RN ».
Ancien chef d’entreprise, l’octogénaire déplore que « les gens ne respectent plus rien » et dit « attendre la fin du match ». « Il faut un peu de changement ! » lance-t-il à la cantonade.
« Imaginez la France sans étrangers ? On va faire quoi ? »
Sur le trottoir devant le commerce de Romuald, Tom* se grille une cigarette. Depuis dimanche 9 juin, le jeune papa est « bouleversé ». « Je suis pro-Mélenchon parce qu’il a toujours soutenu les Kurdes et que je suis Kurde », livre-t-il. « Imaginez la France sans étrangers ? On va faire quoi ? »
S’il a loupé la manifestation organisée samedi 15 juin à Paris contre l’extrême-droite, Tom compte bien se rendre au rassemblement appelé par Stéphane Troussel, président de la Seine-Saint-Denis, dimanche prochain contre la montée de l’extrême droite.
En attendant, le trentenaire « salarié toute option dans une société de désamiantage » et Romuald se chambrent gentiment, malgré leurs divergences. « On ne mélange pas amitié et politique, argumente le commerçant. On n’est pas tous d’accord mais on se parle, de toute manière ce n’est pas nous qui allons décider de la marche du pays. »
Contacté, le maire UDI Ludovic Toro de Coubron n’a pas répondu à nos sollicitations.
*Prénoms modifiés à la demande des intéressés
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